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Bandersnatch

  Salut toi ça va ? J’ai regardé Bandersnatch qui m’a bien fait chauffer le cerveau, je te dis ce que j’en ai pensé.

Attention Spoiler.

  Alors oui, l’aspect interactif m’a interpelé et c’est pour ça que j’ai regardé ce film de Black Mirror (si on peut appeler ça un film, étant donné que les épisodes durent déjà 1h ajouter une petite demi-heure est-ce que ça change vraiment la définition, d’autant plus que c’est intégré à la série … bref la question n’est pas là).

  Je commence déjà à divaguer et faire des parenthèses qui probablement ne me mèneront à rien, un peu comme dans Bandersnatch. Ce qui m’a plu dans cet épisode c’est de regarder l’expérience en faisant un pas de côté. Ce n’est pas l’histoire à laquelle j’ai porté le plus d’intérêt, qui m’a paru loin d’être exceptionnelle c’est limite si je n’ai pas survolé les aspects narratifs, mais bien à la façon dont Netflix a voulu nous faire agir.

Interactivité et interaction

  Ils nous proposent un film interactif, ils ont donc pensé à la manière dont on allait le faire, où on allait se diriger et aussi pourquoi. On parle souvent d’interactivité pour désigner une relation entre un homme et un outil technologique. Bandersnatch est interactif car il nous propose d’agir sur le schéma narratif (ou pas mais on va y revenir) en cliquant sur une proposition ou une autre. Nous avons donc un échange avec l’outil technologique qui est le film via l’ordinateur, la tablette ou encore la console.

  Bien, mais la frontière en matière de technologie dans les définitions entre interactivité et interaction se fait de plus en plus mouvante et poreuse. Black Mirror joue dessus avec cette « expérience Bandersnatch » qui nous propose de l’interactivité mais aussi une interaction avec le personnage principal du film, Stefan.

  Une des définitions d’interaction se résume à un échange de communication passant souvent par la parole entre deux humains. Je t’appelle en Facetime en direct ou je te laisse un message video que tu regardes plus tard puis tu me réponds, c’est une interaction. Dans le film nous interagissons avec Stefan quand son ordinateur plante et qu’on prend le choix NETFLIX, paf interaction. Quand il nous demande ce qu’il doit faire du corps de son père et commente notre réponse, paf interaction.

interaction
Hi NSA !

  Au niveau de la narration c’est à ce moment que ça a commencé à devenir intéressant. Quand il comprend que nous sommes en charge et qu’il lutte pour ne pas le faire mais finit par le faire car on lui demande. En même temps que lui, nous prenons pleine conscience du contrôle qu’on a sur lui et un malin plaisir manipulateur à se dire qu’on va pouvoir lui faire faire ce qu’on veut à ce petit pantin de Stefan. Mais on a jamais eu autant tord qu’à ce moment précis.

Parlons un peu philo, qu’est-ce que le choix ?

  En abordant souvent la question du rapport technologie-humain, la philo a une place entière dans Black Mirror. Comment l’humain en est transformé, ses actions, sa personnalité … son esprit. Allant même jusqu’à s’approcher de questions métaphysiques concernant l’âme dans San Junipero. La série nous mène maintenant sur les chemins du libre-arbitre.

  Le film a été présenté comme les romans d’aventures dans lequel le lecteur est le héros, véritable petit essai du déterminisme puisque chaque choix a une conséquence directe sur l’histoire du personnage et son avenir. Mais est-ce vraiment le cas? Au risque d’être un peu tatillone, il me semble que le schéma de Bandersnatch est

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La Gaule d’Antoine – CANAL +

un mélange entre un arbre à plusieurs ramifications, puisqu’il y a plusieurs « vraies » fin (j’entends par vraie fin le moment où on choisit entre revenir en arrière ou le générique de fin), et un labyrinthe à la PAC-MAN. On mange quelques choix qui ne sont pas les bons dans la narration puis on tombe sur un fantôme : on recommence. Schéma qui est d’ailleurs expliqué par Colin à Stefan.

 

  Je m’égare … Cette  idée de film dont vous êtes le héros avec une multitude de choix est relativement limitée dans Bandersnatch. C’est un aspect qui lui a d’ailleurs été reproché, personnellement je pense que c’est fait exprès et qu’ils auraient pu faire plus de trames narratives. Il me semble que l’intention première de Bandersnatch n’est pas de proposer une aventure interactive mais de nous assimiler complètement à Stefan en nous dirigeant vers ce qu’ils souhaitent qu’on fasse.

  Le déterminisme est lié au libre-arbitre, nous faisons les choix et nous en assumons les conséquences. On prend le chemin de gauche, on tombe dans un fossé, fin de l’histoire, à la limite on tente d’en ressortir mais on ne recommence pas magiquement au début. Avec Bandersnatch on est dans le fatalisme, il y a l’illusion d’un libre-arbitre qui n’existe pas. Pour la plupart des spectateurs qui sont allés jusqu’au bout, ils ont vus toutes les « vraies » fins, à la fin d’une fin on nous propose de revenir en arrière, puis on change de code sur le coffre-fort qui nous donne une autre fin etc., jusqu’au moment où nous n’avons pas d’autre choix que de récupérer le lapin ce qui fait mourir Stefan dans le cabinet de sa psy. Comme le dit Colin dans le film quand Stefan lui demande quelle fin il a lu dans le livre, il lui répond : « All of it ».

  Je ne dis pas qu’on a aucun libre-arbitre mais plusieurs exemples montrent qu’on te laisse le choix entre deux options mais si tu veux quand même avancer dans le film et avoir une fin un tant soit peu satisfaisante il faut que tu prennes l’autre :

  • Dès le début, tu es obligé de refuser la proposition. J’ai accepté deux fois, deux fois je suis revenue en arrière, et à chaque fois que j’ai accepté Colin m’a bien rappelé que ce n’était pas le bon chemin à prendre. Alors pourquoi? Si comme moi tu as accepté la première fois, c’est sans doute que tu t’es laissé charmer par le récit. C’est « normal » d’accepter, Stefan est content et stressé d’avoir un job de rêve et de bosser avec son idole, donc oui tu acceptes. Mais non il faut que tu choisisses la proposition la moins cohérente avec le souhait du personnage (et avec le récit) pour que lui même se rende compte qu’il ne peut pas faire ce qu’il désire et que son libre-arbitre est en fait le nôtre. Enfin pas vraiment parce que si on veut avancer on a pas le choix…

    refusebander
    Nan mais regarde cte trogne il meurt d’envie d’accepter
  • On est obligé de suivre Colin dans la rue. C’est un croisement auquel on revient tout le temps et on ne peut pas y couper, il faut le suivre pour avancer. C’est utile dans la trame narrative pour tout ce qui concerne le réel ou non, la question du temps et le rapport avec le jeu que Colin est en train de développer qui est ni plus ni moins qu’un bonhomme qui se jette d’un building.
  • Les choix que Stefan refuse parce qu’il ne veut pas être manipulé : devant l’ordinateur.
  • Les choix qui ne sont pas des choix : « Tuer son père » ou « reculer », Stefan lui demande de reculer mais le tue quand même sous prétexte qu’il n’a pas le contrôle alors que nous, qui devrions avoir le contrôle, on ne veut pas qu’il le fasse. Ca fait écho au documentaire sur J.F.D qui se pose la question de savoir si être fataliste doit dédouaner de ses actes les plus graves.
  • Sans parler des choix qui se ressemblent : « Oui » ou « Ouais carrément » qui dans les deux cas lance une bagarre acharnée avec ta psy.

  Voilà une petite liste d’exemples auxquels j’ai été confronté dans mon expérience, ce qui n’a peut-être pas été ton cas. Cette idée de te faire croire que tu es en charge de toute l’histoire alors qu’en réalité tu n’as pas de contrôle (ou peu) dans l’histoire est même parfois évoquée clairement dans le film par les personnages :

  • Au moment où Colin propose de la drogue à Stefan, si tu réponds non il le met quand même dans son verre et avant de le faire il interagit directement avec nous, spectateur, en disant « Je voulais juste te donner le choix« . Autrement dit je te donne un choix ce n’est pas pour ça qu’il va se réaliser et déterminer ton avenir.
  • Stefan annonce clairement :

« Ils ont l’impression d’être aux commandes mais en réalité je décide à la fin ».

Bon bah voila cette phrase résume entièrement mon expérience de Bandersnatch et pour moi c’est tout l’intérêt du film. Mais ça n’engage que moi.

La théorie du complot

  Pour grossir le trait, nous sommes le pantin, Stefan c’est nous. D’autant plus, et c’est là où c’est malin, que quand on commence à réfléchir à cette théorie du complot on se retrouve encore plus dans le rôle de Stefan. Est-ce que Black Mirror et Netflix m’ont manipulé, ai-je vraiment fait mes propres choix ? Sans oublier que la paranoïa et la théorie du complot sont intégrés à la trame narrative du film avec l’auteur du livre Bandersnatch Jerome F. Davis (dont les initiales J.F.D sont non sans rappeler J.F.K soit dit en passant niveau complot on est servi).

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Paranoïa bonjour

  Cette idée de l‘illusion du contrôle de soi, du faux libre-arbitre de nos choix va de pair avec l’idée d’une société capitaliste et de consommation offrant une multitude de choix, de produits, de styles de vie, mais qui, par des stratagèmes de communications et de publicités bien déterminés nous fait suivre la voie qu’elle veut que nous suivions. Ce sont des discours qui ont été développés par des auteurs de dystopies comme Orwell (1984), Huxley (Le Meilleur des Mondes) ou qu’on retrouve aussi dans Divergente.

  Je mets donc 3,5 étoiles sur 5 à ce film pour avoir fait chauffer mon cerveau.

  Cette perception du film, le ressenti que j’ai eu de cette expérience ne vaut que pour moi. Dis moi comment toi tu l’as ressenti.

Anecdotes

  Bandersnatch est un personnage fantastique qui apparaît dans plusieurs récits de Lewis Carroll (Alice au Pays des Merveilles) et notamment dans De l’autre côté du miroir.

  Bandersnatch était un vrai projet de développeurs de jeux vidéos en 1984, après la faillite du premier développeur les droits ont été rachetés et le jeu renommé Brataccas. Le film commence le jour de la date réelle de la fermeture d’Imagine Software, premier détenteur du projet.

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  Aldous Huxley et Thimothy Leary. Deux auteurs qui sont évoqués au début du film et qui sont connus pour avoir utilisé des drogues psychédéliques notamment lors de leur processus créatif (comme Colin). Aldous Huxley est l’auteur du Meilleur des mondes et meurt le même jour que l’assassinat de J.F.K (oula encore une conspiration?).

  Concernant le nom de famille de Stefan. Butler peut être traduit de l’anglais par majordome, un employé ayant le rôle de servir.

  Le thème de la mise en abyme est récurrent dans le film sous forme de différents médias et de différentes échelles : le jeu/le livre, le film, nous. La fin de la vie de Colin est le jeu sur lequel il travaille; la première présentation de Bandersnatch au développeur dans lequel il ne peuvent pas vénérer Pax (parce que Stefan n’a pas eu le temps de développer l’option, mais aussi parce qu’il ne veut pas que les autres la prennent) est un parallèle direct avec ce qui se passe ensuite pour le refus de la proposition ….

Un commentaire sur “Bandersnatch

  1. Trop bien pensé!

    Je suis d’accord, il ne s’agit pas du libre arbirtre car nous ne l’avons clairement pas. Si l’on fit pas le bon choix on nous fait revenir en arrière.

    Mais ce qui m’a le plus fait refaire et le manque de liberté dans le choix de sortir du “jeu”/“épisode”… biensure on peut l’arrêter mais l’épisode apparaît toujours dans notre Netflix et nous force même à revenir de sous. Et une fois qu’on le fait, il est impossible d’aller directement à la fin comme pour tout autre episodes Netflix…
    pour moi notre vraie liberté et tous les jours, dans notre monde réel. Et Bandersnatch n’est qu’une (pardon l’expression) “masturbation intellectuelle”… il n’y a pas tant de fond que ça dans le sens où nous somme piégés par l’épisode.

    Aimé par 1 personne

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