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The Crown Season 1 Episode 9

« Peindre un tableau c’est une bataille sanglante. Un combat de gladiateurs à mort. Soit l’artiste gagne soit il perd. Vous gagnez? « 

Winston Churchill dans The Crown (Saison 1, Episode 9)

  Voilà le moment exact où a débuté mon coup de coeur pour cet épisode et la raison pour laquelle je me suis décidée à rédiger cet article.

Vous gagnez?

  Cette question prononcée par le personnage de Lady Winston m’a ouvert un champ de la peinture qui jusque-là était inexistant pour moi… Peut-on gagner en réalisant une peinture? On peut en être satisfait ou non, réussir à atteindre son idéal ou échouer mais gagner ou perdre ??? J’avoue que ça ne m’était jamais venu à l’esprit !

  Puis Churchill explique cette idée de victoire (cf. citation d’ouverture d’article). Sur le moment ça m’a encore échappé un peu plus puis je me suis rappelé que la conception de l’art était propre à chacun. Le personnage de Churchill dans la série ne le prend pas comme un « hobby » comme il le dit mais comme une bataille, certainement comme toutes ses actions dans la vie. Cela semble être une philosophie de vie qu’il transpose dans sa peinture, il met alors un peu de lui dans son oeuvre.

La peinture ou l’âme du peintre

Sutherland .jpg
Graham Sutherland (Getty Images)

  Winston rencontre l’artiste nommé pour exécuter son portrait : Graham Sutherland(1903-1980).

  La relation entre les deux personnages apparaît complexe, à la fois amère mais tendre avec une volonté d’honnêteté. Les deux hommes sont des artistes : l’un est amateur, le second professionnel mais  ce n’est pas cela qui importe. Un artiste est un artiste, qu’il transmette une émotion contre rémunération ou non, il reste un artiste.

  Après une première rencontre dans une atmosphère lourde, les deux hommes se laissent emporter par leur curiosité en allant observer et analyser les oeuvres de l’autre. Ce qui est intéressant ici c’est que l’analyse semble devoir passer par la reproduction. Le fait de reproduire la peinture de l’autre (au passage ce sont des paysages cela a son importance si si je t’assure) permet de ressentir l’émotion de l’autre et de comprendre en partie la démarche de l’artiste.

  Sutherland fait une remarque pertinente sur l’obsession qu’a Winston à représenter son étang. Winston nie trouvant ça dans un premier temps absurde et se justifie en expliquant la complexité de représenter ce genre de paysage changeant en fonction de la lumière, la surface de l’eau qui se meut par le mouvement des poissons : pour lui l’étang n’est rien de plus qu’un « défi technique ». Et oui quand on est un grand monsieur qui veut gagner une bataille autant qu’elle soit un minimum corsée pour avoir la fierté de la remporter. L’autre lui fait remarquer que la surface de l’étang est un voile fin qui cache quelque chose de plus profond tout en laissant ressentir une émotion :

« Nos oeuvres nous dévoilent malgré nous, sous la tranquillité, l’élégance et la lumière qui joue à la surface, j’ai vu de l’honnêteté et une douleur, une grande douleur. »

Graham Sutherland dans  The Crown  (Saison 1, Episode 9)

Churchill Pastoral The Crown - Madame T-Fox.png
Reproduction de la peinture de Sutherland par le personnage de Churchill dans la série

Souhaitant peut-être passer à autre chose le Prime Minister avoue qu’il s’est aussi penché sur son oeuvre. Il présente son analyse envers une de ses peintures représentant  « ces branches noueuses et tordues. Ces affreuses touches de noir« . N’hésitant pas à ajouter « J’y ai vu quelque chose de malveillant. D’où est-ce que ça vient ? »

  Le portraitiste raconte qu’il a réalisé ce paysage lors d’une période sombre quand il a perdu son fils à peine âgé de deux mois, d’où cette tendance à une ambiance plus macabre. C’est un moment émouvant, touchant car les deux personnages qui semblaient se méfier l’un de l’autre, se jauger se dévoilent finalement sans peur et sans honte.

  Winston avoue qu’il a lui aussi perdu une fille en bas âge, suite à quoi lui et sa femme ont acheté leur demeure à la campagne où il a décidé de faire creuser … l’étang. Au même moment il se rend compte que les hypothèses du peintre étaient exactes et que lui-même inconsciemment reproduisait inlassablement non pas un défi technique mais un objet sentimental peut-être même tentant de panser une plaie inguérissable. La peinture pourrait être pour lui une catharsis.

Sutherland Pastoral.jpg
Pastoral (1930) : l’oeuvre de Graham Sutherland évoquée dans la série.

  Si tu as l’oeil fin tu auras peut-être remarqué que ce n’est pas exactement la même peinture que celle de la série. Certainement par non-autorisation d’utiliser l’image. On remarque le choix des réalisateurs de la série d’insister sur les touches de noir profond et l’aspect menaçant des arbres et du ciel. Ainsi on se rend compte que les paysages sont le reflet des âmes ou des états d’âmes des peintres.

Du paysage au portrait

  Winston fait la remarque au portraitiste qu’il est nouveau dans le domaine. On pourrait alors penser qu’il existe une distinction entre la pratique du paysage et celle du portrait. Cependant à mesure que Sutherland explique à Winston quel est l’intérêt d’un portrait selon lui (point de vue qui n’est pas défendu par le Prime Minister, mais alors pas du tout) apparait l’idée que les deux pratiques peuvent être liées. Dans les discours de ces deux hommes ce sont deux visions qui se confrontent au sujet de la finalité d’un portrait.

Winston :  » Ce n’est pas une peinture, c’est une humiliation. […] Une attaque antipatriotique, traître et lâche de la gauche individualiste. »

Graham : « Ce n’est pas vindicatif, c’est de l’art. Ce n’est pas personnel. »

Winston : « Ce n’est pas une image fidèle de qui je suis! »

Graham : « Si monsieur! »

Winston : « Non, c’est cruel! »

Graham : « L’âge est cruel! Vous voyez de la décrépitude car il y en a, de la fragilité car il y en a. On ne peut pas me reprocher ce qui est là. Et je refuse de dissimuler et de maquiller ce que je vois! »

  Un portrait doit-il représenter l’image qu’on donne de soi-même, un symbolepolitique, une image publique ou ce que le portraituré est vraiment et tenter de révéler la nature profonde du sujet? L’objectif d’un portrait est-il de montrer la vérité ou de pouvoir s’en servir en société? Ce sont des questions trop longues pour que j’y réponde ici mais si l’art du portrait et son utilisation politique te botte je te conseille vivement la lecture d’Eyewitnessing, The uses of images of historical evidence de Peter Burke (j’en suis d’ailleurs actuellement au chapitre concernant les portraits, comme c’est cocasse).

  Ce qu’on peut retenir de tout ça c’est que l’étang de Winston représente autant son âme que son portrait. Le portrait et le paysage ne sont pas forcément deux pratiques distinctes sur certains aspects. Alors que l’étang dissimulait l’émotion du premier ministre, le portrait réalisé par Sutherland le présente sans filtre, exposant à qui le voit l’entièreté de sa personne et notamment sa fragilité. C’est une apocalypse au sens littéral car la nature Prime Minister est dévoilée comme au figuré car ce portrait va l’amener à démissionner, c’est la fin d’un monde. Le sort que réserve Churchill à la toile à la fin de l’épisode insiste sur le pouvoir que peut avoir un portrait.

Churchill et son portrait The Crown - Madame T-Fox.png
Churchill méga blasé avec son portrait qui tient pas au dessus de la cheminée 

The Crown : exposer un monument (encore) vivant

  J’ai découvert la série un peu tard je le confesse mais j’ai vraiment accroché et il fallait que je papote un peu dessus quand même. J’ai eu la chance d’avoir un super cours sur la politique anglaise : notre professeur M. Park arrivait vraiment à nous plonger dedans dans sa manière de raconter l’Histoire (et pourtant au sujet c’était pas gagné!). Ce qui fait que j’avais déjà mes repères et que c’était assez marrant de retrouver les noms vus en cours dans la série.

  Mais The Crown a fait fort car j’ai l’impression qu’ils ont réussi à amener le public vers un sujet qui d’emblée ne semble pas attirer : le décor froid et pluvieux de Londres, le milieu politique, une aristocratie qui paraît de moins en moins mystérieuse et fascinante (je veux dire God Save The Queen mais on s’imagine rarement binge watcher une série sur Elizabeth II cette petite Grande Dame aux robes et chapeaux colorés).

Elizabeth II.jpg
« Et ouais je suis back dans l’game qu’est ce qui y’a t’es jalouse ?!? »

  Je ne peux pas m’empêcher de m’imaginer la reine en train de se marrer devant The Crown en se disant  » Et ces idiots là pensent vraiment que ça s’est passé comme ça! » [Sinon je cherche un éditeur pour publier cet article qui devient vraiment vraiment trop long] Pour faire court j’ajouterai seulement que la BO de la série composée par Hans Zimmernous met vraiment dans l’ambiance.

  Désolé pour la longueur de l’article j’espère que ça t’a plu quand même … Sinon tu regardes The Crown toi? Tu regardes quoi en ce moment?

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