Sortie culturelle

Ouverture de la saison 2017-2018 au Manège de Reims

« Ode » à la culture

  Ça faisait un moment que je n’avais pas accordé un temps au spectacle vivant. Ma chère culture prend tellement de formes qu’il en devient parfois difficile de s’en délecter de manière équitable. Ayant un peu moins la tête dans les bouquins ces derniers temps j’avais bien besoin d’un bon bol d’air culturel. Comme un fait exprès la saison du Manège de Reims reprend au même moment ! Parfait ! D’autant plus que sur le papier le spectacle d’ouverture me convient plutôt bien : du cirque présenté sur le ton de l’humour, que demander de plus.

  Me voilà donc partie (en retard) après le travail, pour aller voir Idée Grises de la Compagnie Barks. N’ayant pas fait très attention à ma place lors de la réservation je me rends compte avec émerveillement que je suis quasiment devant (mais pas trop, on ne sait jamais ce qui nous attend et j’ai pour principe d’essayer de ne jamais être au premier rang) bien au milieu face à l’action. Après avoir décroché de mon smartphone j’observe la salle et me plonge dans cette ambiance que j’apprécie et qui m’avait manqué : un public d’enseignants, d’artistes, de bobos, de jeunes lycéens et étudiants … mais surtout un public ouvert.

  Quand la lumière s’éteint c’est toujours un moment particulier. Je sens les parfums puissants mais néanmoins non désagréables qui embaument la salle et je me retrouve face à moi-même. Dans le noir avant que le spectacle commence on est seul sans l’être, on a conscience d’être entouré d’un petit monde qui s’est réuni ici pour la même raison que nous. C’est un peu comme faire une séance de méditation seul(e) chez soi et de prendre conscience du monde, des animaux, de la nature, on peut se sentir seul(e) mais en réalité on ne l’est jamais. Bref je m’égare, la lumière s’allume, les quelques secondes d’obscurité ont permis à mon cerveau de se conditionner à se couper du monde pour un instant. Puisque c’est ça l’art, la culture, appelez-ça comme vous voulez, c’est accorder à la réalité un moment de répit, c’est se plonger dans un ailleurs, arrêter le temps, se laisser embarquer par nos émotions et rêver que tout est possible. Nous voilà donc, nous, êtres humains ensemble pour une heure devant l’inconnu, le flou … la liberté.

  Un homme en bleu nous regarde d’un air perplexe, alors qu’un homme en rouge est étendu sur le sol. L’expression faciale de cet homme en bleu me fait penser à moi en ce moment même. J’aime ces premières minutes d’un spectacle où tu sens que tout le monde est dans la même attitude que toi : la perplexité, l’attente, je dirais même l’expectation. Nous avons un pied dans le réel et un pied dans l’art. On ne sait pas dans quoi on va s’embarquer mais maintenant qu’on est là on est prêt à voir. Petit à petit les corps des acrobates se meuvent tandis que les esprits des spectateurs se dérident. Quelques petits rires encore retenus fendent le silence qui n’était alors dérangé que par le bruit des corps légers se déplaçant. Et c’est à ce MOMENT PRECIS que la journée de travails’évapore, elle disparaît comme une petite bulle de savon qui s’envole pour mieux éclater. Le charme opère et je suis fascinée par les expressions des deux hommes et leur façon de bouger. Le pied qui était resté dans le réel vient de glisser dans un autremonde, celui de l’histoire qu’on me propose.

La vie c’est un peu vouloir la chaise de l’autre …

  Les voilà devant nous ces deux gars (Bastien Dausse et François Lemoine) à se battre pour une chaise ou plutôt pour la chaise de l’autre. Ça s’observe, ça se bouscule gentiment pour finir par s’entremêler, s’entrechoquer, frôler la chute pour mieux tomber … ou pas. J’avais un peu l’impression d’être devant une bagarre entre frangins. La situation fait sourire, elle est douce avant que n’arrive une certaine rivalité qui les fait sortir de leur espace originel.

  La motivation à faire mieux que l’autre les invite à se dépasser et à se déplacer dans l’espace et parfois même dans le temps. Arrive un stratagème ingénieux pour nous faire perdre le Nord (que je ne dévoilerai pas car l’effet de la découverte est bien plus magique), puis deux, puis trois. A l’assaut d’une chaise puis d’une autre nous avons perdu toute orientation, où est la terre, où est le ciel, où se trouvent nos deux rivaux au milieu de tout cela. Nous ne savons plus, finalement voulons-nous vraiment savoir? On se laisse embarquer dans cette chamaillerie douce et amusante qui joue sur le registre du far-west, qui peut aussi parfois nous faire penser au monde des Looney Tunes. Les deux frangins sortent de leur coffre à jouets géant des instruments aussi variés qu’hilarants pour arriver à leurs fins. Une belle leçon de vie qui m’a même mené à penser que peu importe si le moyen paraît idiot … du moment qu’on y arrive. Nous sommes tellement pris par la poésie des acrobaties qu’il nous arrive d’oublier que ce sont justement des acrobaties, l’effort est dissimulé car désorienté, inversé. Mais dans un petit coin de notre tête entre deux éclats de rires francs nous sommes épatés par la force physique et les capacités des deux jeunes gens. Il y a dans Idées Grises beaucoup de légèreté, d’autodérision, et de bienveillance car même si les deux se tirent la bourre il y en a toujours un pour rattraper l’autre … jusqu’à ce que le gagnant hérite de la chaise.

Cie Barks - Mvmts - Manege de Reims - Daniel Michelon - Madame T-Fox
Crédit Photo : Daniel Michelon

  Ça faisait longtemps que je n’étais pas allée voir un spectacle c’est peut-être pour cela que je peux te paraître naïve ou encore un peu trop exaltée. Mais tout de même je suis repartie du Manège de Reims le coeur et le corpslégers ayant l’impression de pouvoir rentrer chez moi en m’élançant d’un lampadaire à l’autre (t’inquiète j’ai pas essayé). Et c’est ça l’art, c’est ça la culture, c’est un tour de magie qui fait passer 1 heure de ta vie pour 10 minutes bien tassées. C’est d’être emporté loin de la réalité en voyage au pays de la poésie. C’est oublier ses problèmes le temps d’un instant. Et tout ça ne serait pas possible sans des lieux comme le Manège de Reims, la Compagnie Barks, des hommes et des femmes, des artistes, des techniciens et j’en passe qui nous permettent de rêver assis dans l’obscurité au prix d’efforts, d’ingéniosité et de transpiration. Alors MERCI, merci de mettre votre talent et votre temps à notre disposition pour que nous puissions voyager.

  Pour conclure je dirais que cette nouvelle saison du Manège de Reims commence en beauté.

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